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Encore une fois: la lutte contre la répression sexuelle


Réminiscence ou actualisation ?
Mon article que réédite aujourd’hui la revue Mortibus fut initialement publié aux éditions François Maspero par la revue Partisans, n° 66/67 (« Sexualité et répression II »), juillet/octobre 1972. Ce numéro spécial — conçu par Boris Fraenkel1 — était consacré à la réactualisation de diverses thématiques liées aux rapports controversés de la sexualité, de la politique révolutionnaire et du freudo-marxisme. Ce numéro, vite devenu « historique », intervenait dans un contexte théorique marqué à la fois par la fossilisation — stalinienne, maoïste et althussérienne — du marxisme2 et le dogmatisme lacanien du « Père sévère » et du « Grand Autre »3, courants qui refusaient d’une manière ou d’une autre de reconnaître la pertinence de la jonction dialectique, subversive, de Marx et de Freud. Il se situait aussi dans la conjoncture politique de l’immédiat après Mai 68. Les débats étaient alors encore vifs au sein des diverses tendances de la gauche radicale ou révolutionnaire sur la question des « fronts de lutte ». La classe ouvrière (les usines), les immigrés, la jeunesse scolarisée, les étudiants, les institutions (école, université, sport, armée, psychiatrie, prison, hôpital, notamment), les « appareils idéologiques d’état », la solidarité internationaliste — autant de « lieux d’interventions » qui suscitaient d’âpres discussions. Les « fronts dits secondaires » (questions de société, questions idéologiques, questions théoriques) étaient également l’objet de violentes polémiques, en particulier à propos des divers aspects de la « question sexuelle » (lutte sexuelle de la jeunesse, émancipation des femmes, homosexualité, contraception et avortement, critique de la famille bourgeoise, etc.). Les populistes maoïstes adeptes de « servir le peuple », les sectateurs auto-proclamés du trotskysme, les ouvriéristes des litanies incantatoires destinées aux « travailleuses et travailleurs », les inamovibles bureaucrates syndicaux de la C. G. T. ou de la F. E. N., et surtout les apparatchiks et « momies végétatives » du Parti communiste français, véritable forteresse de la réaction sexuelle et de l’idiotie culturelle, agitaient sans cesse le spectre du « révisionnisme », de la « décadence petite-bourgeoise », de « l’obsession sexuelle » et autres joyeusetés taxinomiques pour disqualifier ou diffamer les partisans déclarés d’une jonction consciente entre les luttes politiques et les revendications sexuelles qui intervenaient à l’époque à travers divers comités, mouvements, revues et journaux4.
Aujourd’hui, mon article a sans doute quelques connotations « gauchistes », compte tenu surtout des profondes transformations intervenues dans les mœurs et les mentalités depuis le début des années soixante-dix du siècle précédent. Il n’en demeure pas moins que les questions qu’il soulève restent pertinentes comme questions5. Sa réédition permettra aussi peut-être de maintenir une tradition freudo-marxiste dont je continue de me réclamer6, en particulier pour la critique radicale du sport de compétition, même si sur certains points je l’ai complémentarisée avec d’autres références théoriques, notamment avec l’ethnopsychanalyse de Georges Devereux. Celui-ci a en effet insisté sur l’importance épistémologique de l’analyse du contre-transfert, tout particulièrement dans les recherches sur la sexualité7. Tout énoncé — spontané ou savant — sur la sexualité, toute pratique sexuelle — la sienne ou celles des autres — ne peut ainsi que renvoyer aux implications libidinales « auto-résonantes » du chercheur, du militant, du croyant ou du sexologue...


Depuis mai-juin 1968, le bouillonnement d’idées au sujet de la sexualité et de la répression n’a cessé de s’accentuer. Aujourd’hui la question de la lutte contre la répression sexuelle est plus que jamais à l’ordre du jour dans presque tout le mouvement révolutionnaire. Les indices de ce changement sont nombreux.
Alors qu’avant Mai les « spécialistes » de ces questions étaient non seulement très isolés, mais encore diffamés ou exclus des organisations d’extrême gauche, aujourd’hui, quatre ans après, la question de la lutte pour le droit à la libre disposition de son corps, est devenue une question de masse. On pourrait citer quelques exemples significatifs de ce changement de cours. Le fait réellement nouveau et historiquement décisif, c’est l’apparition en France et dans la plupart des métropoles impérialistes d’un « Mouvement de libération de la femme » dont les initiatives courageuses (Manifeste des trois cents femmes réclamant le droit au libre avortement, meeting à la Mutualité pour les droits de la femme, numéro de Partisans sur la libération des femmes, etc.) ont considérablement fait avancer le mouvement révolutionnaire sur la question de la lutte contre la répression sexuelle. L’autre aspect, plus mineur, mais aussi significatif quant à la portée subversive de la lutte, a été la création du « Front homosexuel d’action révolutionnaire » (F. H. A. R.) qui a été présent dans la plupart des grandes manifestations de l’extrême-gauche révolutionnaire, même si le parti stalinien de la « démocratie avancée » a cru y voir une « mascarade » de « dégénérés », et même si, chose plus grave, certains groupes tels que Lutte ouvrière ou l’A. J. S. ont stigmatisé la « dénaturation » du mouvement par les « grandes folles ». Autre indice : la multiplication des journaux lycéens dénonçant la répression sexuelle et l’ordre moral pompidolien dans les établissements du second degré ou dans les C. E. T. Les « ras’le bol » et autres feuilles lycéennes ont contribué, généralement sous l’impulsion des militants de la Ligue communiste, de l’O. R. A., de Révolution et de l’A. M. R., à sensibiliser le milieu à ces questions, au grand désespoir des familles et associations de parents d’élèves réactionnaires. Les incidents à cet égard ont été nombreux dans les lycées depuis l’affaire Gabrielle Russier jusqu’à l’affaire du « GLURP », en passant par l’affaire Cappe et les expériences de Jules Celma. Partout les lycéens et les professeurs progressistes ont mené des luttes contre le système répressif qui les empêche de vivre selon leurs désirs. Dans de nombreux lycées, sous l’impulsion des groupes d’extrême-gauche, ont eu lieu également des conférences-débats sur la répression sexuelle et la constitution de dossiers sur la question. La vieille taupe n’a pas été passive pendant toute cette période. Fait important par ailleurs : l’édition des œuvres de Wilhelm Reich en France. La plupart des grands textes de ce précurseur sont ainsi disponibles aux jeunes et aux militants. Même si les grands textes de Reich ont été édités par des maisons bourgeoises dans une optique « universitaire » neutre et « apolitique », sous l’impulsion et avec l’autorisation du fonds légataire Reich aux U. S. A., il n’en reste pas moins, tout comme pour les textes de Marx, Lénine, Rosa, Trotsky ou Mao, que la société bourgeoise, mue par le profit, édite les petits « missiles théoriques » qui la subvertiront un jour. Mais la chose capitale est l’édition par François Maspero de La Lutte sexuelle des jeunes de Reich en 1972. Publié en 1932 par les éditions du Parti communiste allemand, juste avant d’être emporté par la tornade nazie, ce petit livre de Reich a une importance énorme, car il est le fruit d’expériences militantes concrètes au sein de la jeunesse communiste et socialiste allemande. Il est significatif que ce livre, traduit par nous en 1966, ait été réédité plusieurs fois. Nous en connaissons au moins six versions qui ont, toutes, repris notre première traduction. Ainsi, la première édition fut faite par un collectif militant avec Boris Fraenkel, Emile Copfermann et nous-même. Elle fut, pour des raisons compréhensibles à l’époque, éditée en version pirate par un éditeur courageux (E. D. I.). Le succès fut immédiat. Diffusé à plusieurs milliers d’exemplaires, essentiellement dans les écoles normales et parmi la jeunesse étudiante, ce livre fut condamné sans appel par l’O. C. I. et le C. L. E. R. Il y eut même une commission d’enquête organisée par l’O. C. I., sous l’impulsion direct de Stéphane Just et Pierre Lambert, qui récupérèrent les exemplaires auprès des militants O. C. I. et les firent disparaître. Cette attitude préfigurait leur position lors des barricades, qu’il fut difficile de distinguer de celles de briseurs de grève, de jaunes et au bout du compte de renégats du trotskysme. Une deuxième édition sortit sous l’impulsion de la librairie Gît-le-Cœur avec une intéressante préface. Une troisième édition reprit cette version avec une couverture différente. La quatrième est celle de la petite collection Maspero. Deux autres éditions, ronéotées, sont le fait de la J. C. R et de la Ligue communiste qui eurent une influence certaine dans cette organisation. Autre signe des temps : le tract distribué par le docteur Carpentier intitulé : « Apprenons à faire l’amour » et qui a provoqué l’indignation de l’Ordre des médecins toujours à la pointe de l’ordre moral...
Enfin ce qui nous paraît capital est qu’une organisation comme la Ligue communiste ait inscrit officiellement dans son programme le mot d’ordre de libération de la femme. Cette organisation renoue ainsi, comme en bien d’autres points, avec le trotskysme authentique. On lit dans le programme de la Ligue : « Pour que les femmes puissent vivre leur sexualité non dans sa stricte fonction reproductive, mais dans l’apprentissage et la pratique du plaisir, les conditions non suffisantes, mais nécessaires, sont : centres d’information et de diffusion de contraceptifs dans les entreprises, les établissements scolaires et universitaires, y compris pour les mineures ! Avortement libre et gratuit y compris pour les mineures8 ! » La Ligue communiste est — à notre connaissance — la seule organisation d’extrême-gauche à avoir inscrit dans son programme ces revendications radicales : droit au plaisir sexuel, y compris pour les mineures. Cela tranche avec l’ordre moral de Lutte ouvrière, de l’A. J. S. ou de l’Humanité rouge... !
Aujourd’hui, la lutte contre la répression sexuelle est une lutte sur tous les fronts, tous azimuts. Cela ne va pas sans une certaine confusion et précipitation dans l’ordre des priorités, des thèmes de lutte et des mots d’ordre. Notre texte vise à prolonger l’article paru dans le n° 56 de Partisans sur « la lutte contre la répression sexuelle » et à préciser aujourd’hui les modalités de cette lutte plus nécessaire que jamais.


La signification de la répression sexuelle9
Pour bien lutter il faut connaître son adversaire. Il ne suffit pas dit Mao d’avoir une flèche, encore faut-il viser la cible. Or, la signification sociale, économique, politique et idéologique de la répression sexuelle n’est pas claire pour tout le monde, y compris certains « marxistes » vulgaires ou économistes. Nous voudrions par conséquent y revenir, car la connaissance réelle de la répression sexuelle conditionne largement les formes de lutte et les moyens d’action.


a- Répression sexuelle, refoulement et occultation idéologique des contradictions de la société bourgeoise (ou bureaucratique d’état)
La première constatation à faire est que la répression sexuelle a un effet d’occultation évident sur les contradictions qui sapent la société bourgeoise. Le lien entre la mystification idéologique et le refoulement sexuel est très net. Le refoulement sexuel vise tout d’abord à faire accepter idéologiquement la société bourgeoise en tant que bloc de refoulé, c’est-à-dire magma idéologique et confusionniste. La société bourgeoise repose, comme Lukács l’avait montré dans Histoire et Conscience de classe, sur le fait que les baïonnettes idéologiques non seulement doublent symboliquement les baïonnettes réelles de l’appareil d’état répressif, mais sont encore intériorisées par les masses aliénées. Pour que la société bourgeoise puisse subsister sans trop de heurts, il faut que les masses l’aient intériorisée comme ordre naturel, organique, qu’on ne peut pas transgresser. Le refoulement sexuel est donc avec la religion, le principal écran idéologique qui empêche les masses de prendre conscience de leur exploitation, de leur oppression et de leur aliénation. La cécité idéologique, l’aveuglement politique est provoqué essentiellement par la répression sexuelle. Freud avait noté très justement dans L’Avenir d’une illusion que les « deux points principaux des programmes pédagogiques actuels ne sont-ils pas de retarder le développement sexuel de l’enfant et de le soumettre de bonne heure à l’influence de la religion10 ? ». C’est donc le rôle politique réactionnaire de la répression et du refoulement sexuels que Freud analyse et critique. Dans un article de jeunesse, Freud va même plus loin et rapporte explicitement à la société bourgeoise la raison de la nécessité sociale de la répression sexuelle. Et même si Freud est revenu ultérieurement sur cette position radicale — ce que Reich par exemple lui a reproché —, il n’en reste pas moins qu’il a vu le premier le rôle de refoulement et d’occultation de la société bourgeoise. Freud écrit dans « Les explications sexuelles données aux enfants » (1907) : « Que vise-t-on lorsqu’on veut cacher aux enfants — ou disons aux adolescents — de telles explications sur la vie sexuelle des êtres humains ? Craint-on d’éveiller précocement leur intérêt pour ces choses avant qu’il ne s’éveille spontanément à eux ? Espère-t-on par cette dissimulation contenir après tout leur pulsion sexuelle jusqu’au jour où elle pourra prendre les seules voies qui lui sont ouvertes par l’ordre social bourgeois 11 ? » Et Freud montre dans le même article le matraquage répressif auquel sont soumis les enfants et les adolescents. Cela commence avec la sur-répression de la « morale des sphincters » selon l’expression de Sandor Ferenczi ; cela continue avec la répression des pulsions partielles, l’imposition d’une image du corps standardisée et normalisée, avec l’interdiction de la masturbation infantile, la répression des activités physiques ludiques au profit du sport de compétition et cela culmine, avant le mariage monogamique, par la période de la confirmation et les autres rites d’initiation et d’entrée dans la vie. La répression sexuelle vise alors essentiellement à briser l’autonomie de pensée critique de l’individu au moment de son entrée dans le processus de production afin de faciliter sa soumission au « fascisme de l’usine » selon l’expression de Geismar (dictature des petits chefs, de la maîtrise et de la C. G. T., flics patronaux, cadences infernales, organisation capitaliste répressive du travail, etc.). La répression vise à préparer l’individu à accepter l’autorité et la hiérarchie patronale et étatique. Comme le note Freud dans le même article : « Certes, si l’intention de l’éducation est d’étouffer le plus tôt possible toute tentative de l’enfant de penser indépendamment, au profit de “l’honnêteté” si prisée, rien ne l’y aidera mieux que de l’égarer sur le plan sexuel et de l’intimider dans le domaine religieux. Les natures plus fortes résistent bien sûr à ces influences ; elles deviennent rebelles à l’autorité des parents et plus tard à toute autorité12. » La castration de l’autonomie de penser infantile préfigure bien entendu la castration symbolique, et parfois les menaces réelles, de la capacité sexuelle de l’enfant. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de soumettre l’enfant aux structures autoritaires de la société bourgeoise.
Mais Freud est allé plus loin en montrant que le refoulement sexuel visait à empêcher le fonctionnement de la pensée scientifique et critique. Tout au long de son œuvre, il maintient le rapport entre le refoulement sexuel et l’inhibition de la pensée libre et aussi le lien entre la curiosité sexuelle, notamment infantile, et la curiosité scientifique, la soif de savoir. Freud interprétera par exemple le génie de Leonard de Vinci par le caractère impulsif de la libido qui le portait à s’intéresser à tous les aspects de l’univers. Dans son grand article sur « La morale sexuelle civilisée et la maladie nerveuse des temps modernes » (1908), il insiste particulièrement sur l’inhibition intellectuelle des femmes, consécutive à la répression sexuelle plus féroce chez elles. Freud, loin d’être donc un père du « phallocratisme » et du « chauvinisme mâle » comme le prétendent les sœurs du M. L. F., a le premier analysé les raisons sociales, culturelles, de leur grande aliénation. Il écrit ainsi : « L’éducation interdit aux femmes de s’occuper intellectuellement des problèmes sexuels pour lesquels elles ont pourtant la plus vive curiosité, elle les effraye en leur enseignant que cette curiosité est antiféminine et le signe d’une disposition au péché. Par là on leur fait avant tout peur de penser et le savoir perd de la valeur à leurs yeux ; l’interdiction de penser s’étend au-delà de la sphère sexuelle, en partie par suite d’associations inévitables, en partie automatiquement, tout comme l’interdiction de pensée, d’origine religieuse, faite à l’homme, la loyauté aveugle de braves sujets. [...] Je pense que l’infériorité intellectuelle de tant de femmes, qui est une réalité indiscutable, doit être attribuée à l’inhibition de la pensée, inhibition requise pour la répression sexuelle13. » Freud établit ainsi de manière absolument subversive un rapport essentiel dans toute société de classe. La société bourgeoise est en effet obligée de lancer un rideau de brouillard idéologique pour occulter ses contradictions. La libido est selon Freud l’énergie fondamentale qui alimente la conscience critique. C’est la libido qui circule dans toutes les sphères des superstructures. Et c’est la fluidité de cette libido qui conditionne la fluidité de l’analyse, de la négation de la négation. Seule une libido non refoulée peut dissoudre les rapports figés, leur chanter leur propre mélodie comme dit le jeune Marx. On remarquera d’ailleurs, à la suite de Psychologie collective et Analyse du Moi de Freud que ce sont les appareils idéologiques, les institutions superstructurales les plus bureaucratiques, les plus ossifiées et pour tout dire les moins transparentes à la conscience sociale, comme l’église, l’Armée, les partis totalitaires (fascistes ou staliniens) ou le sport de compétition, qui sont les moins accessibles à l’analyse institutionnelle, mais encore ceux qui admettent le moins l’expression, même privée, des pulsions sexuelles.
Le rôle de ces appareils idéologiques dans le métabolisme social des pulsions sexuelles est double. D’une part, ils constituent des pôles d’investissement de la libido en tant que supports de l’identification sociale à l’appareil. La libido refoulée ou sublimée sert alors à cimenter la cohésion de l’appareil et à lier énergétiquement les identifications à un idéal du Moi commun à tout le groupe. D’autre part, ces institutions-écrans représentent un tampon entre la société répressive et la masse des individus aliénés. Elles ont pour rôle de détourner les pulsions sexuelles de leur réalisation et constituent par conséquent des usines de raffinage dans la sublimation répressive. Le meilleur exemple de ce processus selon Freud est la religion, névrose universelle, tandis que la névrose est la religion privée. Nous n’insistons pas, les analyses de Freud sont connues. Elles sont géniales et à notre avis inséparables d’une prise de parti militante en psychanalyse, qui n’est pas seulement la science de l’inconscient comme le prétend Lacan, mais aussi une praxis de dévoilement, de prise de conscience, un processus de révolutionnarisation intellectuelle. Ce qui semble par contre oublié dans le freudisme, c’est son athéisme militant. Freud, on le sait, identifie par exemple dans les Nouvelles Conférences ou L’Avenir d’une illusion l’athéisme à la position scientifique. Pour lui la science, qui est mise en évidence des rapports essentiels, des lois, ne saurait admettre aucune transcendance, aucune chose en soi, aucun arrière-plan métaphysique qui serait inaccessible par principe à la connaissance humaine. En cela, il se situe bien dans la tradition du matérialisme militant, celui auquel Lénine rend constamment hommage. Mais la position de Freud est la conséquence logique, pratique, de son attitude à l’égard de la religion. Pour lui la religion est non seulement un vaste abrutissement idéologique et intellectuel, une humiliation de l’homme, mais encore et surtout une négation obsessionnelle de la sexualité. C’est la sévérité de la répression sexuelle qui détermine la sévérité et la rigidité de la religion. Par conséquent, et cela est proprement révolutionnaire, la lutte pour la libération sexuelle est ipso facto une lutte fondamentale contre la conception religieuse de l’univers et contre l’appareil clérical. La religion ne se combat pas, montre Marx, par la persécution, même s’il faut parfois l’employer politiquement, mais par la destructuration idéologique, par la libération des pulsions et de leurs représentants inconscients. Or, aujourd’hui, on voit refleurir en masse toute une idéologie impérialiste décadente, obscurantiste, mystique, réactionnaire. Les Jésus-Christ super-stars nous reviennent comme les savonnettes entre les doigts, les madames soleil prolifèrent en masse, les devins et les voyantes font fortune (cf. les études pertinentes d’Edgar Morin à cet égard) et Pauwels, idéologue de l’optimisme officiel, est toujours le prophète des nouvelles planètes. Dans cette situation, la tâche des marxistes révolutionnaires est de propager l’idée de l’athéisme scientifique, du matérialisme militant et révolutionnaire, de lutter contre les « valets diplômés de la prêtraille » selon l’expression de Lénine. Et cela est d’autant plus nécessaire que l’église catholique — modèle de toute église — est en crise, en particulier à cause de la pilule (cf. l’encyclique « Humanae vitae ») et du mariage des prêtres, autrement dit, en termes freudiens, à cause de la régulation libidinale de l’appareil clérical, qui ne peut plus réprimer aussi ouvertement que par le passé les aspirations pulsionnelles des curés encasernés ou non, mais aussi parce que l’église, en prenant un visage gauche, rose-bonbon, petite-sœur-des-pauvres, en essayant même de se donner un visage révolutionnaire (prêtres-ouvriers, curés guérilleros, cardinaux rouges, prêtres contestataires), n’en devient que plus dangereuse pour la lutte révolutionnaire de masse qu’elle a mission d’empêcher et de dévoyer. Même si, comme le prétendent les althussériens et structuralo-marxistes, l’école est devenue l’appareil idéologique numéro un dans le mode de production capitaliste, nous maintenons que c’est l’église qui a encore le plus d’impact au niveau idéologique, au niveau de la vie quotidienne et de l’organisation répressive des pulsions. L’église est encore l’appareil de censure dominant quant à la pensée scientifique, certains l’auraient-ils oublié ? L’église, organe de contre-révolution en temps de paix sociale est aussi le principal appareil de fascisation idéologique, de ce fascisme à usage quotidien, qui fait le lot de tous les petits-hommes selon l’expression du vieux Reich, de ces « sous-hommes conscients de leur sous-humanité » selon l’expression de Sartre. L’église est toujours l’obstacle principal à une compréhension scientifique de l’univers et de la société. Freud le dit de manière très claire dans L’Avenir d’une illusion : « Nous n’avons pas à nous étonner outre-mesure de la faiblesse intellectuelle de quiconque est une fois parvenu à accepter sans critique toutes les absurdités que toutes les doctrines religieuses comportent et à fermer les yeux devant les contradictions qu’elles impliquent14. » Freud n’hésite donc pas à qualifier d’imbéciles ou de crétins les individus croyants ou religieux. Mais plus profondément Freud montre que la religion établit sa chape de plomb idéologique sur l’ensemble de la pensée critique grâce à l’interdiction de la curiosité sexuelle. « Croyez-vous, dit-il, qu’il soit favorable au renforcement de la fonction intellectuelle qu’un domaine d’une telle importance [la sexualité] soit interdit à la pensée de par la menace des peines de l’enfer15 ? » Cette castration intellectuelle opérée par la Famille, l’école et l’église, les principaux appareils idéologiques bourgeois, conduit à la crétinisation des masses. Freud résume ainsi son point de vue en ce qui concerne le rôle de la répression sexuelle dans l’abêtissement intellectuel : « Cette rumination intellectuelle et ce doute [sur la curiosité sexuelle] sont pourtant les prototypes de tout travail de pensée ultérieur touchant la solution de problèmes et le premier échec a un effet paralysant pour toute la suite du temps16. » Dans les ultimes fragments écrits par Freud en 1938, à Londres, le père de la psychanalyse tire les conséquences pratiques, révolutionnaires, de la répression sexuelle infantile, en particulier de l’interdiction de la masturbation : « L’ultime fondement de l’inhibition à l’activité intellectuelle, et de toutes les inhibitions au travail, semble être l’inhibition de la masturbation dans l’enfance17. »
Si nous avons insisté à ce point sur cette question, c’est qu’elle est généralement passée sous silence, de bonne ou de mauvaise foi, par tous les milieux « pédagogistes » (même progressistes) et peut-être surtout par eux. Nous-mêmes n’y attachons une importance décisive que depuis peu, sous l’influence de certaines expériences personnelles dans les syndicats et les organisations révolutionnaires, où l’on constate les mêmes mécanismes de censure, sous une forme plus insidieuse et plus subtile. Les conséquences sont immédiatement pratiques et Freud, encore lui, les a bien pressenties. Il s’agit tout d’abord de la généralisation, par associations combinées, de l’interdiction de penser et par là de la soumission à toute espèce d’autorité irrationnelle. Freud explique très bien la chose dans ses Nouvelles Conférences sur la psychanalyse : « L’interdiction de penser qu’émet la religion dans un but d’autoconservation n’est inoffensive ni pour l’individu, ni pour la collectivité humaine. L’expérience analytique nous a montré que cette interdiction, primitivement limitée à un certain domaine, tendait à prendre de l’extension, en devenant alors la cause de graves inhibitions dans le comportement de l’individu. Ce phénomène s’observe aussi chez les femmes à qui il n’est pas, même en imagination, permis de s’occuper de sexualité. La biographie de presque tous les personnages éminents du passé montre le rôle néfaste dans leur existence de cette interdiction religieuse de penser 18. » Freud conclut alors dans L’Avenir d’une illusion que le noyau fondamental de l’interdiction de penser est combiné : « Inhibition mentale liée à la sexualité [...], influence de l’inhibition mentale religieuse et celle qui est dérivée : l’inhibition mentale “loyaliste” envers les parents et les éducateurs19. »
Sur un autre plan, Freud montre que la répression sexuelle est à l’œuvre avec l’interdiction de penser dans tous les partis et états totalitaires. Il évoque dans Psychologie collective et Analyse du Moi le « parti socialiste ». Mais c’est surtout le « bolchevisme russe » qu’il va attaquer férocement. Dans les Nouvelles Conférences sur la psychanalyse Freud écrit au sujet du marxisme-bolchevisme, — en fait à propos du stalinisme qu’il identifie de bonne ou de mauvaise foi comme la plupart des petits bourgeois libéraux aux deux précédents — que « tout comme la religion le bolchevisme fournit à ses croyants, pour les dédommager de leurs souffrances, de leurs privations actuelles, la promesse d’un au-delà meilleur où nul besoin ne restera insatisfait20 ». Bref, les bolcheviks vont au paradis ! Après avoir identifié le bolchevisme à une nouvelle religion (procédé bourgeois classique) Freud n’a aucune peine à montrer que ce bolchevisme procède comme la religion par intolérance et interdiction de penser de manière critique et autonome. Il écrit ainsi : « Mis en pratique dans le bolchevisme russe le marxisme théorique a bien les caractères d’une conception du monde [...]. Lui qui devait son origine et sa réalisation à la science, qui avait été bâti sur elle et d’après sa technique, a lancé une interdiction de penser aussi inexorable que le fut en son temps celle de la religion. Il est interdit de critiquer la théorie marxiste et douter de son bien-fondé est un crime passible de châtiment comme autrefois l’hérésie aux yeux de l’église catholique. Les œuvres de Marx ont, en tant que sources de révélation, remplacé la Bible et le Coran, encore qu’elles offrent autant de contradictions et d’obscurités que ces vieux livres sacrés21. » Le dossier d’accusation est lourd. Mais n’oublions pas que ces lignes furent écrites en 1932, quelque temps seulement avant la normalisation définitive de l’U. R. S. S. par la nouvelle bourgeoisie d’état stalinienne, qui, après la collectivisation forcée, allait organiser les procès en sorcellerie de Moscou en 1936-1938 contre les « vipères-espions-saboteurs-ennemis-du-peuple-trotsko-boukhariniens et autres zinovietistes ». à cette époque Staline allait entreprendre la révision totale du marxisme, dicter sa loi aux arts et lettres, devenir le savant universel édictant le vrai et le faux dans tous les domaines, épurer l’état et le parti, etc. Le stalinisme triomphant fut, plus qu’une religion, une contre-révolution réintroduisant l’Inquisition et l’hystérie collective. C’est Staline qui instaura le culte de Lénine, le culte de la personnalité, qui embauma la momie Lénine, qui restaura les vieux préjugés tsaristes de l’autorité de la Russie éternelle, etc., qui vit des espions et des complots partout, bref qui développa une névrose paranoïaque généralisée. Freud a donc raison sur le fond, même si l’objet de sa critique n’est pas celui qu’il croit : le léninisme-bolchevisme, mais le stalinisme, expression achevée de l’idéologie parasitaire de la nouvelle bourgeoisie d’état. Ces analyses ne sont pas simplement théoriques. Elles ont leur importance vitale dans la pratique. Mai-juin 1968 a balayé, nous l’espérons définitivement, le « fétichisme des comités centraux » dont parle Rosa, a laissé souffler une brise « anti-autoritaire » contre les appareils sclérosés et les petits chefs. Il reste pourtant de nombreux reliquats de ce mode de penser bureaucratique dans la plupart des groupes révolutionnaires, aussi démocratiques qu’ils soient. Dans tous les groupes règne en effet l’identification aux leaders bien-aimés et généralement infaillibles, l’idolâtrie des responsables, les phénomènes de cliques et de clans suivant les courants libidinaux, la superstition politique imbécile, la méfiance envers les minoritaires ou les opposants, l’interdiction de penser de façon autonome, le « suivisme » et « l’apparatchikisme ». C’est cela que Freud a en vue (et qui existe d’ailleurs tout aussi bien dans les associations de psychanalyse...) quand il critique la conception religieuse du monde. On le voit, la question de la lutte contre la répression sexuelle a des répercussions immédiatement politiques...


b- Répression sexuelle et incrustation de l’Autorité
L’effet le plus immédiat et le plus visible de la répression sexuelle — et c’est ce qui en fait la dimension politique — est la consolidation de tous les appareils autoritaires qui cuirassent idéologiquement l’appareil d’état bourgeois. La libido refoulée cimente les appareils et les cristallise. Les appareils idéologiques les plus puissants et les moins sensibles à l’évolution sont ceux qui ont exclu la femme et le plaisir sexuel en général. Freud note d’une manière très générale que « les tendances sexuelles déviées de leur but créent entre les hommes les liens les plus durables22 ». Les appareils autoritaires tiennent par conséquent parce qu’ils détournent l’énergie sexuelle de sa réalisation libidinale pour la capter dans l’édification de la structure autoritaire.
Freud écrit ainsi : « Dans les grandes foules artificielles, telles que l’église et l’Armée, il n’y a pas de place pour la femme en tant qu’objet sexuel. Les rapports amoureux entre homme et femme restent en dehors de ces organisations [...]. L’église catholique a les meilleures raisons de recommander le célibat à ses fidèles et de l’imposer à ses prêtres, mais l’amour a souvent poussé même des ecclésiastiques à sortir de l’église. L’amour de la femme rompt les liens collectifs créés par la race, s’élève au-dessus des différences nationales et des hiérarchies sociales23. » Freud va même jusqu’à parler de l’amour comme d’un « facteur de décomposition des foules24 ». On comprend ainsi que toutes les structures autoritaires et bureaucratisées aient horreur de la femme et du sexe. En fait, la libre circulation libidinale dans les organisations mettrait profondément en cause leur cohésion interne et relâcherait les liens qui structurent ces appareils. Freud écrit encore que « l’essence d’une foule consiste dans les liens libidinaux qui la traversent de part en part comme un réseau serré25 ». La liberté sexuelle désagrège alors les institutions dans la mesure où la libido entravée est celle qui crée les attaches durables par la médiation des identifications réciproques à un Idéal du Moi collectif.
Tel est le premier aspect de la répression sexuelle dans le renforcement de l’autorité sociale. Le deuxième aspect concerne la passivisation de l’individu à la suite de la répression sexuelle. Freud n’a cessé tout au long de son œuvre de montrer le lien entre l’initiative, l’activité conquérante et la capacité sexuelle. Un individu castré sexuellement ou refoulé est timide, passif, faible et timoré. C’est exactement le type humain dont a besoin la société bourgeoise pour perpétuer sa domination de classe. Le petit homme aliéné est essentiellement le produit de la répression sexuelle qui lui fera admettre l’aliénation du travail à l’usine, l’enfer conjugal, le service militaire imbécile et les chefs de toute sorte. Freud note cette relation dès 1908 dans son grand article « La morale sexuelle civilisée » : « D’une façon générale, dit-il, je n’ai pas acquis l’impression que l’abstinence sexuelle aide à former des hommes d’action énergiques et indépendants ou des penseurs originaux ou des libérateurs ou des réformateurs avisés ; elle forme plus fréquemment d’honnêtes gens faibles qui disparaissent plus tard dans la grande masse qui a coutume de suivre à contrecœur les impulsions données par les individus forts26. » Autrement dit, les réprimés sexuels deviennent de la chair à canon pour les militaires et de la piétaille électorale pour les politiciens bourgeois. Les petits hommes réprimés suivent les chefs, les guides et les héros. Reich a ainsi très bien montré, à l’encontre d’une interprétation marxiste vulgaire, mécaniste et économiste du fascisme, que le nazisme a su s’imposer au sein des larges masses ouvrières et petites-bourgeoises grâce à la répression sexuelle et à l’abrutissement idéologique dans le cadre de la famille bourgeoise.
En somme, aujourd’hui comme hier, la répression sexuelle a pour effet de produire des moutons politiques, des molécules sociales complètement aliénées au Führer-prinzip, à l’anonymat du On. Il est symptomatique à cet égard que toute intégration à un appareil répressif autoritaire (et/ou bureaucratique) commence par un rite d’initiation, un cérémonial de passage qui implique le renoncement à la sexualité ou du moins sa répression. Dans l’église, les curés novices font le vœu de pauvreté et de chasteté en même temps que d’obéissance à la Très Sainte Mère l’église. à l’Armée, le service militaire du contingent commence par le valium sexuel qu’est le bromure puis la répression sexuelle consécutive à la claustration forcée des deux mois de classes, enfin la chaude amitié de la chambrée, bouillon de culture d’une homosexualité militaire et répressive. Dans les internats, pensionnats et autres foyers de jeunes travailleurs existent les bizutages, les rites d’initiation répressifs, qui consistent en une castration symbolique et en une implantation réelle ou symbolique d’interdits sexuels. Le modèle de ces interdits a bien été analysé par Freud dans Totem et Tabou, où il explique que la prohibition de l’inceste et la répartition structurale des femmes entre les différents groupes et clans est nécessaire à la normalisation et sublimation culturelle de la libido dans son travail civilisateur. Les rites d’initiation qui visent tous, comme l’a montré par exemple Bruno Bettelheim, à détacher l’enfant du corps maternel et à lui faire accepter son corps sexuellement vectorialisé, impliquent tous des normes, des interdits, à faire accepter au novice. Tous ces rites par ailleurs, qui constituent les paradigmes des rites modernes d’initiation (sport, bizutage, etc.) comportent des mutilations d’organes sexuels ou des « blessures symboliques » pour reprendre l’expression de Bruno Bettelheim (circoncision, subincision, tatouages divers, blessures, etc.). étouffer la libido, tel est le mot d’ordre de l’appareil social autoritaire.
Voilà la raison fondamentale qui explique pourquoi les appareils répriment et refoulent la libido mais même son expression parlée ou écrite. Celle-ci doit être absente de la conscience sociale des individus. Le principe du chef en particulier ne supporte pas le dévoilement de la sexualité du leader. Un leader dont la vie sexuelle devient publique est aussitôt diminué dans son autorité et devient même ridicule. Le principe de la caricature politique est donc de dévoiler la vie privée de tel ou tel responsable politique pour le mettre à poil. Le succès d’un journal subversif comme Charlie Hebdo est précisément d’avoir compris cela et les petites chroniques de la vie quotidienne de Madame Pompidou sont à cet égard un véritable chef-d’œuvre de psychanalyse appliquée. Imagine-t-on par ailleurs la vie sexuelle de Charles de Gaulle avec Tante Yvonne ? Un vrai scandale ! Lorsque des informations révèlent les petits secrets de la vie sexuelle, elles « détruisent, dit Freud, l’autorité des adultes qui s’avère incompatible avec le dévoilement de leur activité sexuelle27 ». Le protocole cérémonial des grands appareils de l’état, le rituel obsessionnel de certaines institutions, le fonctionnement rigide de certaines sectes indiquent bien que l’autorité sociale doit être protégée contre l’intrusion de la curiosité sexuelle des individus. Le corollaire de cette cachotterie institutionnelle est bien évidemment la diffusion des bruits de couloir et des secrets d’alcôve dont aiment à se repaître les courtisans ou les apparatchiks.
On pourrait multiplier les très nombreux exemples de cette liaison organique entre la répression sexuelle et le renforcement de l’autorité sociale. Ce que nous voudrions maintenant préciser, ce sont les mécanismes qui font que l’autoritarisme se développe à partir du refoulement sexuel.
Le premier, fondamental, car il structure jusqu’à présent toutes les sociétés de classe, concerne l’identification sociale. C’est par l’identification que se forme en effet le moi des individus et que se maintiennent les grandes institutions de l’état et de la société, y compris les partis politiques. Nous avons déjà vu que les institutions sont constituées par des réseaux de liens libidinaux qui relient les individus les uns aux autres et à l’appareil. Ce sont ces liens qui permettent l’identification à l’appareil. Lorsque les organisations sont fortement centralisées sous le primat d’un chef, l’identification se fait par le biais de l’identification à sa figure. L’identification est là aussi d’essence libidinale. Freud montre à propos de l’Armée et de l’église que « dans ces deux foules artificielles chaque individu est rattaché par des liens libidineux au chef (le Christ, le commandant en chef) d’une part, à tous les autres individus composant la foule d’autre part28 ». Chaque individu a l’impression illusoire qu’il est en relation affective et personnalisée avec le père de l’institution : le Saint-Père, le pape, ou le père du régiment, le colonel. Freud écrit encore : « Dans l’église [...] et dans l’Armée [...] règne la même illusion, celle de la présence visible ou invisible d’un chef (le Christ dans l’église catholique, le commandant en chef dans l’armée) qui aime d’un amour égal tous les membres de la collectivité29. » C’est cet attachement libidinal qui explique la cohésion du groupe et l’idéalisation du « père » ou le patriotisme d’organisation (la fidélité au « Vieux » dans certains groupes trotskystes). Les exemples historiques récents ont montré que lorsqu’existe un tel culte du chef et de la personnalité aucun argument rationnel et critique ne parvient à ébranler la conviction de l’individu membre de l’organisation. Sa pensée est tellement saturée d’attachement à l’appareil qu’elle est complètement hypnotisée et sous l’effet du mirage de la suggestion. à partir de ce moment-là, on peut lui faire croire que Trotsky était un agent de Hitler et du Mikado, que le socialisme a été réalisé en Union soviétique, que l’antisémitisme stalinien est une invention bourgeoise, ou lui faire avaler tous les délires biologiques de l’affaire Lyssenko. Le chef Staline a raison en tout, le « petit-père-des-peuples » est la science incarnée, il suffit de l’écouter ou de citer sa prose incompétente et indigeste.
Le deuxième mécanisme a trait à la formation et à la consolidation du surmoi, concentré psychologique, topologique, de toute l’autorité sociale, résumé, au niveau des instances psychiques, de tous les interdits moraux et sociaux. Le surmoi est le produit de l’intériorisation de l’autorité et de la répression, notamment des interdictions culturelles, essentiellement liées au complexe d’Œdipe. Freud écrit dans L’Avenir d’une illusion : « La contrainte externe [est] peu à peu intériorisée, par ceci qu’une instance psychique particulière, le surmoi de l’homme, la prend à sa charge. Chacun de nos enfants est à son tour le théâtre de cette transformation ; ce n’est que grâce à elle qu’il devient un être moral et social30. » Ce processus d’intériorisation a deux conséquences importantes. D’une part, par le biais de la famille et de l’école, il se constitue une continuité historique du surmoi familial. Le surmoi se transmet ainsi de génération en génération. Le surmoi d’une lignée familiale est en quelque sorte le noyau réactionnaire refoulé qui se transmet de père en fils comme le nom ou l’héritage matériel. « Le surmoi, dit Freud, dérive de l’influence exercée par les parents et les éducateurs. En général, ces derniers se conforment pour l’éducation des enfants aux prescriptions de leur propre surmoi. Quelle qu’ait été la lutte menée entre leur surmoi et leur moi, ils se montrent sévères et exigeants vis-à-vis de l’enfant. Ils ont oublié les difficultés de leur propre enfance et sont satisfaits de pouvoir maintenant s’identifier à leurs parents à eux, ceux qui leur avaient autrefois imposé de dures restrictions. Le surmoi de l’enfant ne se forme donc pas à l’image des parents, mais bien à l’image du surmoi de ceux-ci ; il s’emplit du même contenu, devient le représentant de la tradition, de tous les jugements de valeur qui subsistent ainsi à travers les générations31. » « Les idéologies du surmoi » dont parle encore Freud constituent par conséquent le pôle d’identification répressif de l’individu. Par la famille, l’école et toutes les institutions réactionnaires, l’idéologie bourgeoise trouve ainsi son ancrage et son véhicule structurels grâce à la continuité du surmoi ; c’est ce qui explique, ajoute Freud, qu’il soit si difficile de changer les traditions idéologiques et morales d’une société. La reproduction élargie, pourrait-on dire, du surmoi est aussi nécessaire à la perpétuation des appareils idéologiques d’état qui fonctionnent souvent au surmoi que la reproduction élargie de la force de travail salariée l’est à la perpétuation des rapports de production capitalistes. Le surmoi représente donc l’enracinement de la contre-révolution au plus profond de la structure pulsionnelle de l’individu.
La deuxième conséquence est immédiatement politique. Les individus, sous l’emprise du surmoi, ont tendance à s’identifier aux prescriptions des surmois les plus sévères, étant donné l’atmosphère sociale saturée de répression et d’interdits sociaux. C’est ce processus que Freud le premier a entrevu sous le terme de l’identification des opprimés aux oppresseurs. Cette identification crée un consensus social qui fait que la coexistence est possible. La collaboration de classe ne s’explique pas autrement. Les individus opprimés renforcent leur oppression, ils « en redemandent » pourrait-on dire vulgairement. Pour plaire à leur idéal du moi, qui est souvent celui des classes dominantes, ils obéissent aux prescriptions du surmoi bourgeois ou bien, mus par le sentiment de culpabilité à la suite d’une désobéissance, ils se font souffrir et deviennent plus royalistes que le roi, expriment un besoin de souffrir, d’être battus, etc. Ce mécanisme typique explique entre autres bien des aberrations dans le système pénal bourgeois où l’on voit des accusés avouer spontanément (souvent sous l’effet des tabassages, mais plus généralement par besoin de s’accuser), puis se rétracter, etc.  La Justice est à cet égard l’appareil cristallisé du surmoi en personne, c’est ce qui explique certains traits de son fonctionnement irrationnel. Freud a parfaitement vu l’essence du processus quand il écrit dans L’Avenir d’une illusion : « Cette identification des opprimés à la classe qui les gouverne et les exploite n’est cependant qu’une partie d’un plus vaste ensemble. Les opprimés peuvent par ailleurs être attachés affectivement à ceux qui les oppriment, et, malgré leur hostilité contre ceux-ci, voir en leur maître leur idéal. Si de telles relations, au fond satisfaisantes, n’existaient pas, il serait incompréhensible que tant de civilisations aient pu se maintenir si longtemps malgré l’hostilité justifiée des foules32. » En effet la liste est longue de Staline-Hitler à Franco-Castro, la liste des identifications réussies... Par ailleurs, ce phénomène joue également dans l’identification nationale chauvine, par exemple dans le sport où « nos » champions ont gagné, où « nous » avons perdu telle finale, etc. Mais c’est surtout dans le domaine de la politique étrangère et du colonialisme que le freudisme éclaire d’un jour singulièrement réaliste l’identification des classes ouvrières à leur bourgeoisie rapace et impérialiste. Le surmoi national fonctionne alors à plein rendement. Freud avait analysé cela à propos de l’impérialisme romain : « On est certes un misérable plébéien, écrit-il, la proie de toutes sortes d’obligations et du service militaire, mais on est en échange citoyen romain, on a sa part à la tâche de dominer les autres nations et de leur dicter des lois33. »
Ultime conséquence, enfin, la répression des pulsions sexuelles ne renforce pas seulement l’autorité, mais libère également les pulsions agressives et l’angoisse de mort. L’une des causes fondamentales des névroses, des angoisses, des dysfonctionnements sexuels ou psychologiques est bien la répression du plaisir sexuel. Il est inutile de préciser ici le massacre psychique, notamment sur les adolescents, provoqué par la répression sexuelle. C’est ce qui explique bien des aspects de cette fameuse « crise de l’adolescence » dont parlent les psychologues bourgeois. Mais il est un point sur lequel nous voudrions insister car il illustre bien l’importance de la lutte contre la répression sexuelle. Il s’agit du dégagement des tendances morbides à la suite du refoulement sexuel. La pulsion de mort, comme le vieux Freud l’avait montré, est d’autant moins neutralisée que la pulsion sexuelle est moins forte et plus refoulée. Il y a en effet désintrication des pulsions et la pulsion sexuelle affaiblie ne peut plus lier la pulsion de mort au travail culturel : la mort triomphe alors, soit réellement par la guerre, le crime ou le sport, soit symboliquement par l’angoisse de la population déprimée. Freud note cette relation dès 1908, ce qui contredit la thèse de ceux qui, comme Reich, soutiennent que la notion de pulsion de mort est contraire à l’essence du freudisme révolutionnaire. « Ajoutons, écrit Freud, que pour un peuple la restriction de l’activité sexuelle s’accompagne très généralement d’un accroissement de l’anxiété de vivre et de l’angoisse de la mort, ce qui perturbe l’aptitude de l’individu à jouir et sa préparation à affronter la mort pour quelque but que ce soit34. » La répression sexuelle renforce par conséquent la pulsion de mort, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. à l’extérieur, la pulsion de mort libérée se donne libre cours et se déchaîne. Comme le remarque Freud : « Après la sublimation, les éléments érotiques ne sont plus assez forts pour immobiliser tous les éléments destructifs qui se manifestent alors par une tendance à l’agression et à la destruction35. » Il n’est donc pas fortuit que les appareils idéologiques de la mort, les deux institutions chargées de donner la mort ou de la gérer (l’Armée et l’église) soient aussi des cristallisations des idéologies du surmoi qui reposent sur la répression féroce des pulsions sexuelles. à l’intérieur la répression sexuelle provoque un renforcement du surmoi, d’autant plus fort et sévère que le refoulement sexuel est plus massif, et elle détermine un retournement de la pulsion de mort contre l’individu. « Les dangereux instincts de mort de l’individu, constate Freud, subissent des sorts divers : tantôt ils sont rendus inoffensifs grâce à leur mélange avec des éléments érotiques, tantôt ils sont déviés vers le dehors sous une forme agressive, mais pour la plus grande partie ils poursuivent certainement en toute liberté leur travail intérieur [...]. Plus un homme maîtrise son agressivité, plus son idéal devient agressif contre son moi. On dirait un déplacement, une orientation vers le moi. Déjà la morale courante, normale, porte le caractère d’un code plein de sévères restrictions, de cruelles restrictions36. »

c- Répression sexuelle et intégration sociale, préparation au labeur et au mariage monogamique, ou l’asservissement sexuel de l’homme et de la femme
Le résultat de la répression sexuelle, c’est, au bout du compte, l’acceptation par l’individu de l’ordre établi, sa soumission à l’état bourgeois. Ce sont bien évidemment les deux piliers de la société bourgeoise, le travail aliéné et le mariage (bourgeois) qui constituent les deux corsets répressifs que l’individu doit revêtir. La répression sexuelle est ainsi d’abord une préparation à l’entrée dans la vie adulte.
Freud écrit dans L’Avenir d’une illusion : « Toute culture repose sur la contrainte au travail et le renoncement aux instincts et par suite provoque inévitablement l’opposition de ceux que frappent ces exigences37. » La société bourgeoise est donc obligée de se prémunir contre la révolte des individus frustrés et réprimés ; pour cela, elle modifie leur structure pulsionnelle dès la plus petite enfance. Ces processus ont été entrevus par Freud dans son Introduction à la psychanalyse et ont une portée révolutionnaire car ils indiquent pour le marxisme la direction d’une construction communiste de la production : l’abolition du travail contraignant, l’automatisation (communiste), le « droit à la paresse ». Dans le cadre de l’aliénation organisée par la dictature de classe de la bourgeoisie (ou de la bureaucratie stalinienne), le travail est une malédiction, il est fui comme la peste, dit Marx dans les Manuscrits de 1844. Le travail capitaliste, le labeur en usine, est une contrainte mutilante, qui s’oppose à tous les plaisirs de la vie. La société de classe doit donc préparer l’individu à accepter de se voir transformé en force de travail, à accepter, comme le dit Herbert Marcuse, le travail en tant que contenu même de l’existence. « La base sur laquelle repose la société humaine, écrit Freud, est en dernière analyse de nature économique : ne possédant pas assez de moyens de subsistance pour permettre à ses membres de vivre sans travailler, la société est obligée de limiter le nombre de ses membres et de détourner leur énergie de l’activité sexuelle vers le travail 38. » Il s’agit donc de transformer la libido en capacité de travail par le biais de la sublimation répressive. Ces mécanismes sont bien connus et il est inutile de les développer ici longuement. Reich et Marcuse ont en effet largement exposé ces vues. L’essentiel consiste à réprimer les pulsions sexuelles partielles et à les amener sous le primat de la génitalité procréatrice dans le cadre du mariage monogamique. L’éducation par la Famille et l’école désensualise les sens, désérotise la musculature (notamment par le sport), réprime férocement la masturbation infantile, implante la morale des sphincters et rend taboues toutes les manifestations de la sexualité infantile ou de la curiosité pulsionnelle. Le résultat est une organisation sexuelle dominée par le primat du génital, lui-même soumis au principe de rendement et de procréation. Freud explique ainsi les choses dans son Introduction à la psychanalyse : « Le développement ultérieur poursuit [...] deux buts : 1) renoncer à l’auto-érotisme, remplacer l’objet faisant partie du corps même de l’individu par un autre qui lui soit étranger et extérieur ; 2) unifier les différents objets des diverses tendances et les remplacer par un seul et unique objet39. » Et dans sa Métapsychologie Freud précise encore plus ces processus qui aboutissent tous à « la synthèse de toutes les pulsions partielles de la sexualité sous le primat des organes génitaux et au service de la fonction de reproduction40 ». On comprend dans ces conditions les conséquences concrètes de la répression sexuelle dans la société bourgeoise. Dans « La morale sexuelle civilisée », Freud montre que le cercle de la répression s’élargit sans cesse et s’approfondit de plus en plus, au point de ne permettre l’acte sexuel (si c’était évidemment possible) que trois ou quatre fois, c’est-à-dire strictement localisé à la production des enfants au cours d’une vie humaine ! Auparavant, la répression sexuelle, qui commence par le massacre de la vie pulsionnelle infantile, interdit toute pratique sexuelle prégénitale, c’est-à-dire tout gain de plaisir obtenu par l’activité autonome des zones érogènes non génitales (peau, sensibilité musculaire, vue, bouche, anus, etc.). Plus généralement, dans le cadre de l’institution bourgeoise du mariage, la société capitaliste, armée de ses appareils répressifs et de ses appareils idéologiques d’état, canalise la pulsion sexuelle dans le sens de la reproduction monogamique. Ainsi, elle interdit les relations sexuelles prémaritales, surtout au moment de la puberté, car elle cherche à forger des caractères veules et passifs adaptés à l’aliénation du travail. « On reconnaît facilement, souligne Freud, que la restriction sexuelle est le fait de personnes ayant un caractère indécis, enclines au doute et à l’angoisse, alors que le caractère intrépide, courageux est le plus souvent incompatible avec la restriction sexuelle. Quelles que soient les modifications et complications que les nombreuses influences de la vie civilisée puissent imprimer à ces rapports entre le caractère et la vie sexuelle, il existe entre l’un et l’autre une relation des plus étroites41. » Ensuite la société bourgeoise interdit les relations sexuelles extramaritales, qualifiées juridiquement d’« adultères », en même temps qu’elle encourage la prostitution. Enfin, dans le mariage, la société bourgeoise n’accepte que les rapports sexuels procréatifs. Pour toutes ces raisons la répression sexuelle commence de manière très précoce. « L’expérience a bien dû montrer aux éducateurs, remarque Freud, que la tâche d’assouplir la volonté sexuelle de la nouvelle génération n’est réalisable que si, sans attendre l’explosion tumultueuse de la puberté, on commence dès les premières années à amener les enfants à soumettre à une discipline leur vie sexuelle qui n’est qu’une préparation à celle de l’âge mûr. Dans ce but, on interdit aux enfants toutes les activités sexuelles infantiles ; on les en détourne dans l’espoir idéal de rendre leur vie asexuelle42. »
La famille et ses représentants symboliques sont chargés de préparer la continuité de la morale sexuelle et la stabilité du mariage. Freud écrit : « La fille trouve dans la mère une autorité qui restreint sa volonté et est chargée de la mission de lui imposer le renoncement, exigé par la société, à la liberté sexuelle. [...] Le père s’oppose à l’épanouissement de la volonté du fils, il lui ferme l’accès aux jouissances sexuelles et dans les cas de communauté de biens à la jouissance de ceux-ci43. »
Cette morale engendre deux tendances très bien analysées par Freud. Il s’agit tout d’abord d’un tabou sur la virginité de la femme, sur la pureté, qui entraîne dialectiquement tous les problèmes liés à la vie du couple (jalousie, attachement, « infidélité », « adultère », etc.). Freud écrit dans son essai sur « Le tabou de la virginité » (1918) : « Un degré de sujétion sexuelle est indispensable pour que se maintienne le mariage civilisé et que soient contenues les tendances polygames qui le menacent44. » Pour maintenir à tout prix le mariage bourgeois, la société capitaliste réprime donc férocement la femme, la rend taboue (ou putain, c’est-à-dire la rabaisse). Comme le constate Freud : « Visiblement, pour l’éducation, la tâche de réprimer la sensualité de la jeune fille jusqu’au mariage s’avère difficile car elle emploie pour cela les mesures les plus rigoureuses. Non seulement elle interdit toute relation sexuelle et attribue un prix élevé à la conservation de la chasteté féminine, mais encore, elle éloigne de l’individu qui devient une femme toute tentation en la maintenant dans l’ignorance totale de la réalité du rôle qui lui est destiné et en ne tolérant en elle aucune motion amoureuse qui ne puisse conduire au mariage 45. »
Deuxième conséquence : le rabaissement de l’objet sexuel féminin. engels avait déjà noté la complémentarité de l’adultère et de la prostitution. Et Marx déplorait « l’infinie dégradation de la femme » dans les Manuscrits de 1844. Freud dans son article « Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse » (1912) a avancé une thèse d’une grande portée critique : « La domestication de la vie amoureuse par la civilisation entraîne un rabaissement général des objets sexuels46 » et notamment de la femme qui est traitée de putain lorsqu’elle « s’offre » à un garçon. Les nombreux qualificatifs pour désigner une fille « qui couche » sont en effet éloquents à cet égard. La femme devient, dit Freud, « un objet sexuel rabaissé47 ».
Le problème ainsi posé, quelles seraient donc aujourd’hui les tâches d’une lutte révolutionnaire contre la répression sexuelle ? Les religions restent les principaux facteurs de la répression sexuelle. Combattre leur influence sur la législation est donc une priorité politique. L’intégrisme islamique, avec son obscurantisme, sa Charia, son Djihad et son antisémitisme viscéral est à présent l’ennemi principal. Il resta aussi à dénoncer les attitudes réactionnaires de nombreux médecins et psychiatres qui n’ont pas renoncé à exercer leur pouvoir de normalisation. Enfin la critique des diverses idéologies sexuelles qui prolifèrent dans tant de groupes politiques, mouvements et associations reste une tâche essentielle. La réaction politique s’appuie toujours en effet sur la réaction sexuelle.


1- Cf. Boris Fraenkel, Profession : révolutionnaire, Latresne (Bordeaux), éditions Le Bord de l’eau, 2004. On ne dira jamais assez le rôle décisif qu’a eu Boris Fraenkel dans la diffusion des thèses de Wilhelm Reich et Herbert Marcuse.
2- Pour une critique philosophique approfondie, cf. Michel Henry, Marx, Paris, Gallimard, 1976.
3- Aujourd’hui encore, un certain Pascal Boissel, admirateur lacanien du « non dupe erre », disqualifie avec beaucoup de légèreté « la lecture freudo-marxiste de Freud, avec Marcuse et Reich, portée pendant des années avec pugnacité en particulier par Jean-Marie Brohm [...]. Pour comprendre quelque chose à la psychanalyse aujourd’hui, il faut mettre de côté le freudo-marxisme et ses promesses » (Pascal Boissel, « Psychanalyse et civilisation aujourd’hui », Critique communiste, n° 178, décembre 2005, p. 14 sq). On pourrait sûrement renverser la proposition et « mettre de côté » les diverses sectes lacaniennes qui se partagent l’héritage du Maître supposé tout savoir...
4- On aura une idée de ce climat grâce à l’excellente étude de Jean-Claude Salles, La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981). Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ?, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2005.
5- Pour un développement critique actualisé, voir Jean-Marie Brohm, « Sexualités et reproduction sociale. Approche freudo-marxiste », Quel Corps ?, n° 47/48/49 (« Constructions sexuelles »), avril 1995.
6- Voir notamment ma présentation et traduction de Wilhelm Reich, La Lutte sexuelle des jeunes, Paris, François Maspero, 1972 ; Jean-Marie Brohm, « Marx, Freud et le freudo-marxisme », in Helmut Dahmer, Paul Frappier et Jean-Marie Brohm, Reich devant Marx et Freud, Paris, éditions La Brèche, 1975 ; Jean-Marie Brohm, « Psychanalyse et révolution », in Partisans. Garde-fous, arrêtez de vous serrer les coudes, Paris, François Maspero, 1975 ; ma présentation et traduction de Vera Schmidt et Annie Reich, Pulsions sexuelles et éducation du corps, Paris, Union Générale d’éditions « 10/18 », 1978 ; Jean-Marie Brohm, « Reich Wilhelm (1897-1957) », in Dictionnaire des philosophes, Paris, PUF, 1984 ; Jean-Marie Brohm, « Relire Reich aujourd’hui », in Constantin Sinelnikoff, L’Œuvre de Wilhelm Reich, Paris, Les Nuits rouges, 2002.
7- Georges Devereux, De l’angoisse à la méthode dans les sciences du comportement, Paris, Flammarion, 1980. Pour une justification méthodologique de l’analyse du contre-transfert dans les sciences sociales et une critique des diverses idéologies sexuelles, cf. Magali Uhl et Jean-Marie Brohm, Le Sexe des sociologues. La perspective sexuelle en sciences humaines, Bruxelles, La Lettre volée, 2003.
8- Ce que veut la Ligue communiste, Paris, Maspero, 1972, p. 135.
9- Nous prolongeons ici certaines analyses de notre article : « Psychanalyse et révolution », Partisans, n° 46, février-mars 1969.
10- Sigmund Freud, L’Avenir d’une illusion, 1927, Paris, PUF, 1995, p. 67.
11- Sigmund Freud, « Les explications sexuelles données aux enfants », in La Vie sexuelle, Paris, PUF, 1969, p. 8 (souligné par nous).
12- Ibid., p. 11.
13- Sigmund Freud, « La morale sexuelle civilisée et la maladie nerveuse des temps modernes », in La Vie sexuelle, op. cit., p. 42.
14- Sigmund Freud, L’Avenir d’une illusion, op. cit., pp. 67 et 68.
15- Ibid.
16- Sigmund Freud, « Les théories sexuelles infantiles », in La Vie sexuelle, op. cit., p. 21.
17- Sigmund Freud, « Résultats, idées, problèmes », in L’Arc, n° 34, « Freud », 1968, p. 70.
18- Sigmund Freud, Nouvelles Conférences sur la psychanalyse, Paris, Gallimard, 1936, p. 233.
19- Sigmund Freud, L’Avenir d’une illusion, op. cit., p. 68.
20- Sigmund Freud, Nouvelles Conférences sur la psychanalyse, op. cit, p. 246.
21- Ibid., p. 245.
22- Sigmund Freud, Psychologie collective et Analyse du Moi, Paris, Payot, 1951, p. 128 sq.
23- Ibid., p. 159.
24- Ibid., p. 160.
25- Ibid., p. 106.
26- Sigmund Freud, « La morale sexuelle civilisée et la maladie nerveuse des temps modernes », in La Vie sexuelle, op. cit., p. 40.
27- Sigmund Freud, « Contributions à la psychologie de la vie amoureuse », in La Vie sexuelle, op. cit., p. 52.
28- Sigmund Freud, Psychologie collective des foules et Analyse du Moi, op. cit., p. 106.
29- Ibid., p. 104.
30- Sigmund Freud, L’Avenir d’une illusion, op. cit., p. 17.
31- Sigmund Freud, Nouvelles Conférences sur la psychanalyse, op. cit., p. 94 sq.
32- Sigmund Freud, L’Avenir d’une illusion, op. cit., p. 20.
33- Ibid., pp. 19 et 20.
34- Sigmund Freud, « La morale sexuelle civilisée et la maladie nerveuse des temps modernes », in La Vie sexuelle, op. cit., p. 45.
35- Sigmund Freud, Essais de psychanalyse, Paris, Payot, 1951, p. 213.
36- Ibid., pp. 212 et 213.
37- Sigmund Freud, L’Avenir d’une illusion, op. cit., p. 15.
38- Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse, Paris, Payot, 1965, p. 291 (souligné par nous).
39- Ibid., p. 309.
40- Sigmund Freud, Métapsychologie, Paris, Gallimard, 1968, p. 41.
41- Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse, op. cit., p. 379.
42- Ibid., pp. 291-292 (souligné par nous).
43- Ibid., p. 190.
44- Sigmund Freud, « Le tabou de la virginité », in La Vie sexuelle, op. cit., pp. 66 et 67.
45- Sigmund Freud, « La morale sexuelle civilisée et la maladie nerveuse des temps modernes », op. cit., p. 41 (souligné par nous).
46- Sigmund Freud, « Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse », in La Vie sexuelle, op. cit., p. 63.
47- Ibid., p. 61.





 
     

 

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